Comment survivre au travail quand on est étourdi : confession d'une tête de linotte
26 mar 2025
4 min
Dire que j’ai la tête dans les nuages serait un doux euphémisme. En réalité, je suis plutôt un cumulonimbus ambulant. Pourtant, lorsque je me présente comme directeur commercial et formateur d’un organisme de formation, on s’attend à une personne carrée, organisée, bref, quelqu’un qui ne réserve pas des Airbnb pour un déplacement professionnel la mauvaise semaine. Spoiler alert : je l’ai fait.
Le plus ironique, c’est que je suis reconnu pour ma capacité de synthèse, mon efficacité et ma capacité d’écoute (sur ce dernier point, ma femme soutient que cette qualité ne s’exprime qu’au travail, mais c’est un autre sujet). Pourtant, au quotidien, je suis ce manager distrait qui cherche toujours son stylo, qui oublie son badge d’accès ou qui peut passer vingt minutes à errer entre les bureaux à la recherche d’un carnet de notes égaré.
Petit poucet des tasses à café et des carnets oubliés
Mon quotidien au bureau ressemble à une vaste chasse aux trésors. Chaque jour, j’entame méthodiquement cinq ou six tasses à café, toutes abandonnées à moitié terminées un peu partout au bureau : sur une table de réunion, sur l’imprimante, dans la salle de pause. Alors chaque soir, je fais le tour du bureau pour les récupérer, histoire de ne pas finir dans un reportage sur les pires collègues de travail. Un petit effort pour sauver les apparences.
Autre symptôme manifeste de ce même problème : ma relation passionnelle avec les carnets de notes. J’en ai partout. Sur mon bureau, dans mon sac, dans les salles de réunion, chez moi… Un jour, mes collègues ont entrepris une mission d’archéologie interne pour recenser ces précieux grimoires. Bilan : plus d’une dizaine en activité simultanée. Le pire : je prends des notes compulsivement, non pas pour les relire (soyons honnêtes, je les consulte rarement), mais parce que gribouiller m’aide à réfléchir et me concentrer. Alors avec le temps, j’ai fini par adopter une nouvelle habitude (salvatrice) : j’ai une to-do list numérique où tout ce qui compte vraiment est consigné. Les carnets, eux, restent mon exutoire créatif.
Quand la distraction devient un sport extrême
Il y a les petits oublis bénins… et puis il y a les erreurs XXL. Comme ce jour où, en déplacement avec des collègues, j’appelle le propriétaire de notre Airbnb pour récupérer les clés et réalise que… j’ai réservé la semaine suivante. Malaise.
Et ce n’est évidemment pas mon seul fait d’arme. Il y a aussi ce jour où, en mission chez un client “fort-knox” où il faut montrer patte blanche, on me demande une pièce d’identité. Check nerveux des poches. Rien. Il est resté bien au chaud à la maison. Aïe. Résultat : un aller-retour d’un coursier pour me l’apporter, une prime commerciale sérieusement grignotée et une demi-journée de boulot envolée.
Mais je n’ai atteint mon apogée qu’à la naissance de mes enfants. Manque de sommeil oblige, mon cerveau est passé en mode économie d’énergie. Mes collègues, bienveillants, ont attendu que la tempête passe avant de m’avouer que je radotais et oubliais tout… deux fois plus que d’habitude. Le pic de l’absurde ? Le jour où je suis arrivé au bureau avec la tétine de ma fille dans la poche. Demi-tour express chez la nounou pour la déposer avant de recommencer ma journée… avant de réaliser que j’y avais oublié mon ordinateur par erreur, en laissant la tétine !
Sur le moment, ces oublis prêtent à sourire (ou pas). Mais soyons honnêtes : ils ont un coût, et pas seulement pour moi. Car même si je fais attention à endosser la responsabilité et payer les conséquences de ma distraction, mes collègues peuvent parfois en pâtir. Et c’est un point que j’ai mis du temps à comprendre : l’auto-dérision ne suffit pas toujours à compenser mes boulettes. Être distrait n’est pas une excuse pour déborder sur le temps et l’énergie des autres. Alors j’essaie, au maximum, de payer moi-même le prix de mes oublis. Je suis ainsi un grand habitué des aller-retour au bureau à 23H00, une fois les enfants couchés, pour déposer ou récupérer du matériel que j’ai pu oublier de prendre avec moi, avant un déplacement le lendemain, par exemple.
Des stratégies de survie pour une mémoire en kit
Face à tant d’épisodes embarrassants, on pourrait croire que je suis condamné à errer dans le monde du travail tel un éternel distrait, perdu entre deux oublis. Mais avec le temps (et quelques sueurs froides), j’ai appris à mettre en place des stratégies pour limiter la casse.
D’abord, j’ai arrêté de me mentir : je ne serai jamais ce manager ultra-organisé qui anticipe tout avec une précision chirurgicale. Plutôt que de me battre contre ma nature, j’ai choisi de muscler mes forces plutôt que de cacher ou combler mes faiblesses.
J’ai compris que jongler avec trop de tâches en même temps était un aller simple vers la catastrophe. Mon cerveau fonctionne en mode “sprint” : quand je suis concentré, je suis redoutablement efficace, mais dès que je suis interrompu, mes pensées s’éparpillent façon puzzle. La parade ? Travailler en mode « tunnel » : je limite le nombre de projets en parallèle et je bloque des créneaux dédiés dans mon agenda où je coupe toutes distractions.
Autre adaptation essentielle : je délègue ce que je sais être un terrain glissant pour moi. Aujourd’hui, je forme systématiquement un duo avec un ou une chef(fe) de projet ultra-méthodique qui m’accompagne sur les missions nécessitant une rigueur sans faille. Cela permet d’éviter des oublis qui, autrement, pourraient affecter l’équipe entière.
Mais surtout, je mentionne explicitement à chaque nouvel arrivant dans l’entreprise, qu’il s’agisse d’un pair ou d’un jeune stagiaire de passage, les canaux qui fonctionnent pour moi : Un besoin simple exprimé en one to one ? Je le traite immédiatement. Un besoin plus compliqué ? On m’envoie un mail et je l’ajoute dans ma to-do. Un message Whatsapp ou une demande complexe formulée à la volée ? Aucune chance que je m’en souvienne.
Accepter ses failles… et respecter celles des autres
J’ai appris à assumer ce côté distrait. Je ne cherche plus à devenir quelqu’un d’autre, mais à compenser intelligemment mes points faibles. Personne n’est parfait, et tant qu’on est excellent dans certains domaines, on peut se permettre d’être moyen dans d’autres. Ce luxe n’est évidemment pas accessible à tout le monde de la même manière. Il va sans dire que la distraction est peu compatible avec certains métiers comme chirurgien ou chauffeur de bus.
D’ailleurs, cette prise de recul ne concerne pas que moi. Dans un environnement de travail, nous avons tous des petits défauts qui peuvent agacer les autres : un collègue trop rigide ou trop lent, un autre qui met trois jours à répondre aux e-mails, un dernier qui coupe la parole en réunion… Ce n’est pas une excuse pour tout accepter, mais apprendre à naviguer avec les failles des uns et des autres fait aussi partie du jeu.
Alors oui, je continuerai sans doute à semer des tasses de café et à accumuler des carnets inutiles. Mais tant que mon équipe sait qu’elle peut compter sur moi pour aller droit au but quand il le faut, et tant que je fais en sorte que mes oublis n’aient pas d’impact négatif sur eux… Finalement, c’est un équilibre qui fonctionne.
Article édité par Aurélie Cerffond, écrit par Marlène Moreira, photographie par Thomas Decamps
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