Sur la route avec Ralph Blindauer, l’avocat en van à la rescousse des salariés
25 juil. 2022
4min
Photographe chez Welcome to the Jungle
Journaliste - Welcome to the Jungle
Ralph Blindauer est un avocat réputé pour être un redoutable défenseur du droit du travail… et depuis peu renommé pour sa mobilité hors du commun. Car l’homme de combat a trouvé un moyen bien à lui pour protéger les emplois menacés des salariés : sillonner les routes de France avec sa compagne en camping-car. Le but ? Être au plus près des travailleurs et s’assurer la plus grande réactivité dans la défense de leur emploi. Portrait d’un militant des routes.
Le 3 janvier 1981, Ralph Blindauer prête serment à la Cour d’appel de Colmar, en Alsace. Pour ce militant de la première heure, l’enjeu est important : « J’avais passé les vingt-cinq premières années de ma vie à chercher un métier de combat, avant d’en arriver là. » Peut-être par mimétisme avec son père, - délégué syndical dans la sidérurgie lorraine et élu communiste à la municipalité -, mais à quinze ans à peine, Ralph crée l’Union nationale des comités d’action lycéens avec ses camarades de classe. Il poursuit la lutte au sein de la jeunesse communiste durant ses études et travaille en parallèle pour L’Humanité d’Alsace Lorraine, en tant que permanent politique. « Avec un titre comme ça vous imaginez la couleur du journal… et la mienne aussi ! » Alors, quand il termine son droit, il sait exactement le but qu’il poursuivra : lutter en faveur de la justice sociale.
« J’enchaîne les prud’hommes et les plans sociaux et je me vois rapidement attribuer la réputation de bête noire du patronat. »
Mais comme la plupart des jeunes avocats, Ralph Blindauer ne choisit pas ses dossiers : « Pendant un temps, j’ai enchaîné les troubles de voisinage, les divorces jusqu’à en avoir la nausée. » Pourtant, des affaires de droit du travail commencent à poindre le bout de leur nez. Sa petite notoriété dans le milieu militant d’extrême gauche le poursuit jusque dans son cabinet. « Six ans après avoir prêté serment, on me sollicite pour travailler sur l’affaire Somotra Lingenheim qui défraie les chroniques en Moselle. Je prends alors la défense de plus d’une centaine de salariés licenciés par un employeur en faillite. » Il faudra attendre quatre ans pour que les salariés soient indemnisés. L’acharnement a payé et Ralph vibre comme lorsqu’il était adolescent. Très vite, les affaires en droit du travail se multiplient jusqu’à occuper tout son temps. « J’enchaîne les prud’hommes et les plans sociaux et je me vois rapidement attribuer la réputation de bête noire du patronat. » Et de fait, il répond toujours présent lorsqu’il s’agit de défendre des employés des petites entreprises comme des grands groupes, avec une aversion particulière pour les dirigeants du CAC 40. Rééquilibrer le rapport de force et sauver des emplois, voilà son sacerdoce.
« Au début, les salariés sont assez surpris de me voir sortir de ce véhicule garé sur le parking de leur entreprise, ils ne peuvent pas s’empêcher de se marrer. »
Bientôt les batailles dépassent les frontières de la Moselle, les salariés des quatre coins de la France font appel à lui et à son impressionnante ténacité pour batailler contre des plans de licenciements abusifs. « Déjà, je commence à prendre la route pour les défendre et je passe ma vie dans des chambres d’hôtel pour être plus près d’eux. » Jusqu’au premier confinement, les semaines passées à Metz se font rares. Lorsque les hôtels et les restaurants ferment, l’avocat doit trouver une parade pour continuer à accompagner les salariés lors des plans sociaux. C’est ainsi, qu’avec sa compagne, il investit un camping-car pour sillonner les routes malgré les restrictions. Désormais, il suffit d’un coup de fil d’un employé pour qu’il se mette en route. « Au début, les salariés sont assez surpris de me voir sortir de ce véhicule garé sur le parking de leur entreprise, ils ne peuvent pas s’empêcher de se marrer. » Il faut dire que le nouveau moyen de locomotion de cette terreur du barreau a de quoi faire sourire.
Mais s’il est plus mobile, et plus réactif, Ralph Blindauer n’a pas changé son rapport au client, avec lesquels il persiste à créer des relations de proximité. « C’est un drôle de processus vous savez. On se fréquente le temps de la durée d’un combat, on noue des relations d’amitié très fortes et du jour au lendemain, chacun doit reprendre sa route de son côté. C’est très difficile de se détacher ! » Pas sûr qu’il existe de solution pour soulager la tristesse qui l’envahit lorsqu’il s’agit de partir, mais il se console avec sa compagne en découvrant de nouveaux paysages depuis les fenêtres de leur caravane.
« Télétravailler en forêt, à la campagne, près de l’océan où à deux pas de la plage pour préparer les réunions entre deux comités d’entreprise… Vous imaginez ? »
Aujourd’hui, le couple repasse chez lui uniquement lorsque la pile de linge sale dépasse l’acceptable ou que leur cohorte a besoin d’un petit rafraîchissement. Deux ou trois jours de pause et c’est reparti. L’engin n’est pas énorme mais leur offre tout le confort nécessaire pour vivre à deux, surtout en ce début d’été. « Télétravailler en forêt, à la campagne, près de l’océan où à deux pas de la plage pour préparer les réunions entre deux comités d’entreprise… Vous imaginez ? » La semaine dernière, l’avocat était à Marseille pour un nouveau plan social est en a profité, une fois les négociations bien engagées, pour se baigner à l’heure du déjeuner, sous le soleil de la Méditerranée. À cette période de l’année, ce sont surtout des vacanciers qui occupent les campings et les places de parking à ses côtés. Mais Ralph Blindauer n’est pas là pour se la couler douce.
« Mon engagement n’a jamais chancelé, c’est simplement les paysages qui changent toutes les semaines » Ces derniers temps, il était à Lyon, Béziers, Paris, Marseille, Chalon et s’apprête à faire gronder le moteur jusqu’en Saône et Loire. À ses yeux, le droit du travail recule et il va falloir se remonter les manches pour empêcher que les salariés n’en soient encore les victimes collatérales. En attendant, Ralph Blindauer compte lui aussi prendre quelques semaines de vacances au mois d’août. Hors de question bien sûr, de louer un hôtel où une chambre dans une maison d’hôte, le camping-car n’est pas un hobby mais un véritable art de vivre. Sa compagne et lui iraient bien rouler jusqu’au nord de l’Allemagne pour découvrir les îles de la Frise-Orientale. « Une chose est sûre, je vais devoir faire le plein d’énergie pour affronter la rentrée qui s’annonce déjà… mouvementée. »
Article édité par Romane Ganneval
Photo par Thomas Decamps
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